projets européens pour le développement

des échanges méditerranéens :

L’exemple du projet Euromed Heritage « Savoir-faire locaux » 

dans la filière fromage

 

Le cadre et les objectifs du projet

 

Le programme EUROMED Héritage est le volet du programme régional MEDA consacré à l’héritage culturel. Il a pour vocation d’augmenter la capacité des acteurs méditerranéens à gérer leur patrimoine culturel.  Il doit mettre en place un processus d’apprentissage et d’échange d’expériences en créant des liens entre les acteurs pour qu’ils disposent d’une information lisible et accessible. Le programme intervient dans la connaissance de ce patrimoine (inventaire), les ressources humaines mobilisées et le développement de cet héritage.

Le projet « Savoir-faire locaux » s’inscrit dans ce programme qui a financé sa mise en œuvre. Les principales filières agro-alimentaires ou artisanales détentrices de savoir-faire locaux en Méditerranée ont été prises en compte[1]. La filière fromage est prise en compte spécifiquement comme filière complémentaire. Un séminaire de discussion des diagnostics « filières » s’est déroulé à Santu Lussurgu (Sardaigne), les 13 et 14 novembre dernier.  

 

 

L’apport des diagnostics de filière

 

La première phase du projet est un état des lieux de la filière. Ces diagnostics sont pour but d’amorcer une dynamique interrégionale pour la construction d’un projet transversal pilote de la filière.

Les filières locales suivantes ont été présentées en respectant un cadre d’analyse voisin : En Italie, la vallée de la Canonica (Lombardie), la vallée de Belice et son fromage la Vastedda (Sicile), la Communita Montana del Gargano et le Cacciocavalo Podolico (Pouilles), la Sardaigne ; En France, les filières des régions Provence Alpes Côte d’Azur, Languedoc Roussillon (Pelardon) et Corse. En Espagne, la Castilla  la Mancha avec le Manchego ; au Portugal, l’Alentejo et le fromage de Serpa ; La région d’Eregli en Turquie avec le Tulum Obruk et enfin l’île de Lesbos pour la Grèce.

 

Ces diagnostics ont apporté des précisions intéressantes sur des filières fromagères mal connues comme celle du Tulum Obruk par exemple. Ils ont également confirmé des observations faites dans le cadre d’autres projets ou dispositifs  (en particulier par le CIRVAL) :

-                            La grande diversité des situations observées ; on observe le fossé entre une  problématique de développement industriel comme celle du Manchego en Espagne par exemple et celle du Caciocacvallo podolico traditionnel dans le Pouilles (5 producteurs seulement).

-                            La tendance à l’appropriation de l’héritage patrimonial par la société civile et hors du champ professionnel sensus stricto. L’ensemble de la société se sent souvent porteur de la mémoire du pastoralisme, dépossédant en quelque sorte les éleveurs de plus en plus en situation de marginalité par ailleurs (développement de Slow Food en Italie, groupes de dégustation en Corse, etc…)

-                            L’interconnexion de plus en plus forte entre l’agrotourisme et les filières fermières ou artisanales (route des sens authentiques en Corse et en Sardaigne, le rôle des Communita Montana en Italie,…)

-                            Une grande hétérogénéité dans la valorisation des fromages avec des fromages de masse au prix bas (cas de la feta ou du Manchego) et des situations de rente résultant d’un fort déséquilibre offre/demande (60€/kg pour le Caciocavallo podolico, par exemple)

 

 

Le souci de mobiliser ces diagnostics en mettant en place un Projet Pilote transversal de filière

 

Les participants au séminaire ont ensuite débattu sur les orientations d’un projet pilote de filière   ils ont constaté la difficulté de cette construction compte tenu des niveaux d’implication, des moyens mobilisés et  de La diversité des situations. .

 

Plusieurs niveaux de recentrage sont possibles :

 

- le besoin de connaissance sur les dispositifs collectifs de gestion des filières considérées (niveau recherche)

- le besoin de mettre en place une offre de formation qui réponde aux besoins de développement de ces filières.

- le besoin d’échanges professionnels pour structurer un cadre méditerranéen de défense voire de lobbying collectif et de promotion (niveau animation) 

 

Le débat ne semble pas clos vis-à-vis du choix définitif mais il a été souligné qu’une des conditions est l’identification de sources de financement ou de programmes permettant de porter ce projet pilote au-delà de l’échéance finale du projet « savoir ».

 

JPD



[1] Vin, huile d’olive, textile, céramique et arboriculture pour les filières principales, métaux, pierre naturelle, fruits séchés et fromages pour les filières dites complémentaires.