Les échanges transnationaux :

des actions de fond dont les retombées doivent se raisonner dans la durée.

Le programme d'initiative communautaire Leader II finançait des initiatives et des actions en faveur du développement rural. Il comprenait un volet d'échanges transnationaux. Ces échanges avaient pour but une meilleure compréhension et un renforcement des échanges de compétences entre les différentes zones Leader.

Malgré l'attrait apparent de telles démarches et le nombre élevé d'intentions de projets, il semble que sur l'ensemble du programme, après les phases exploratoires de premier contact,  les initiatives cohérentes aient été relativement peu nombreuses, avec de grandes difficultés pour réaliser le montage financier et la coordination entre les partenaires. Le niveau de consommation des crédits affectés à ce volet transnational témoigne de cette réalité.

C'est pourquoi, en partenariat avec l'Association "l'Europe en Corse", il a été décidé d'ouvrir une tribune sur l'apport et les limites des échanges transnationaux. Elle a permis l'expression de réflexions très diverses lors des 2 journées de conclusion de l'action menée entre l'Algarve, le Basilicate, la Corse. 

 

Des témoignages sur les échanges caprins entre Drôme et Algarve, sur la "route de la Chataîgne" entre Ardêche, Calabre, Corse, Toscane, ou encore entre la Corse et la Finlande ont ainsi été présentés par des animateurs de ces actions

Les échanges transnationaux : une forme de réflexion collective autour de préoccupations communes à construire ensemble. 

Pour tous, les échanges transnationaux apparaissent d'abord une manière de réfléchir collectivement. Toutefois, le responsable corse du projet "Route de la Châtaigne" souligne qu'au départ chaque région a des logiques et des conceptions différentes d'un même projet, ce qui peut conclure à des quiproquos. On doit donc se recentrer sur les préoccupations communes  en réfléchissant sur les réponses à construire vis à vis de ces  préoccupations.

Les projets transnationaux peuvent permettre aussi de rassembler les compétences pour créer des synergies en se répartissant les taches à accomplir. A défaut, les coopérations transnationales risquent  d'être considérées comme des supports de "tours operators" techniques sans impact sur le développement local. On rappelle à ce propos, la difficulté de dépasser le niveau superficiel de départ dans les échanges, ce qui a motivé le choix de la formation comme support des échanges dans le programme sur l'élevage ovin-caprin.  

Des actions lourdes à mettre en place sur le plan administratif.

Pour le représentant de "l'Europe en Corse", la coopération transnationale en est encore à ses balbutiements. Il faut créer des réseaux de dialogue ; ceci nécessite du temps pour se définir des objectifs communs, les mettre en œuvre et les approfondir. Cette dimension est souvent sous-estimée par les institutions qui financent les projets avec des durées trop courtes et souvent sans prolongement ultérieur. L'évocation de la richesse des contacts entre corses et finlandais (qui ont débouché sur la mise en place d'innovations technologiques et commerciales)  et entre portugais et drômois (qui ont permis une réflexion des éleveurs drômois sur leur stratégie et une sensibilisation des éleveurs de l'Algarve) illustre cette affirmation.

La lourdeur des dossiers administratifs, le manque d'implications locales ont été soulignées. Le responsable du GAL LEADER II Corse rappelle l'intérêt des procédures "de l'idée au projet" et "du projet à l'action" qui permettaient un financement européen direct des échanges préliminaires. Cette procédure a été très utilisée car elle était légère sur le plan du montage et du traitement des dossiers. A l'inverse, tous les participants ont témoigné de la difficulté d'articuler la participation financière des partenaires entre eux dans les actions transnationales proprement dites. La diversité des logiques de fonctionnement administratif d'une région à l'autre expliquerait en grande partie ces difficultés souvent insurmontables. De plus les porteurs de projet LEADER, qui sont généralement des structures locales proches des collectivités locales rurales ont souvent peu de moyens administratifs et humains pour conduire de front les dossiers administratifs et les actions proprement dites.    

Dans le cas du projet transnational Algarve, Basilicate et Corse, les difficultés d'articulation avec les actions et projets locaux avec l'action transnationale ont  par exemple été perceptibles et on eu des répercussions sur l'organisation des sessions en Basilicate et dans une moindre mesure en Corse.  

Tous les participants à la discussion ont exprimé l'intérêt et la nécessité de faire connaître et diffuser  ces points de vue d'"utilisateurs" du programme  LEADER pour contribuer à l'amélioration du fonctionnement des coopérations transnationales pour le futur.

 

 

JPD