La session Reproduction de la conférence caprine de Pékin a permis la présentation de quelques résultats récents sur la reproduction de la chèvre. En particulier les conditions de transfert des technologies avancées ont pu être appréhendées.


Facteurs sociaux et environnementaux affectant la reproduction chez la chèvre

Les travaux de WALKDEN BROWN et RESTALL (Australie) concernent l'étude des facteurs sociaux et d'environnement (race, climat, latitude) qui influencent la cyclicité de la période reproductive chez la chèvre.

 
Sous les latitudes tempérées, l'existence d'une saison de reproduction chez la chèvre s'explique par un long anoestrus chez la femelle mais également par de grandes variations de l'activité sexuelle chez le mâle liées à l'activité hormonale, la relation entre le poids testiculaire et la production de testostérone étant démontrée. Cette saisonnalité est moins marquée sous les latitudes intermédiaires, certaines races ayant clairement une saison sexuelle définie, d'autres présentant plutôt une sensibilité à la photopériode et aux autres facteurs d'environnement.
Sous des latitudes tropicales, la plupart des races locales n'ont pas de saison sexuelle.


Le déterminisme de la reproduction chez la chèvre est essentiellement endocrinien.
De nombreuses expériences conduites de 1970 à 1995 ont permis de caractériser les différentes relations entre les sécrétions respectives des Gn RH, LH, FSH, progestérone et testostérone. Depuis 1984, l'influence de la sécrétion de mélatonine et des mécanismes d'induction des variations de sécrétion du Gn RH ont été largement étudiées. Le rôle de la nutrition apparaît également très important : pour les races non saisonnées, une soudaine disponibilité en nourriture après une sous-alimentation peut induire l'oestrus et en régions tropicales, ce facteur est souvent déterminant. Chez les races saisonnées, l'alimentation a un effet important sur la prolificité et l'intervalle entre les naissances (CHEMINEAU et al).

Dernières avancées sur la maîtrise de la reproduction

Les techniques de contrôle de la reproduction chez la chèvre en climats tempérés ont fait de gros progrès depuis cinq ans, grâce à une meilleure connaissance des mécanismes d’induction. Sous ces climats, l'oestrus est induit naturellement par la diminution des jours à partir de l'été, après une saison de jours longs. Des traitements appropriés de mélatonine peuvent être utilisés pour simuler des jours courts en périodes de jours longs et donc permettre un avancement de la saison de reproduction.

- Production de sperme chez le bouc

En appliquant chez le bouc des rythmes nycthéméraux de jours longs puis courts, pendant des périodes d'un à deux mois successifs, on constate une augmentation faible, mais significative, du taux de collecte spermatique.

- Induction des oestrus à contre-saison par un traitement photopériodique Pour obtenir un complet désaisonnement, le traitement à la mélatonine doit être précédé entre janvier et mars par un traitement lumineux d'au moins deux mois simulant des jours longs, qui donne probablement le signal du début de la saison de reproduction et rétablit la sensibilité à la mélatonine. Puis l'injection de mélatonine suivie de l'effet bouc induisent des activités d'ovulation et d'oetrus suffisantes pour obtenir une fertilité et une prolificité proches de celles obtenues en saison sexuelle normale.

- Synchronisation hormonale des oestrus

Pour synchroniser les oestrus et permettre l'utilisation de l'insémination artificielle, le traitement le plus efficace est le suivant : les femelles reçoivent un progestagène (implant sous-cutané ou éponge vaginale), une prostaglandine et de la PMSG. Quand ce traitement est réalisé pour la première fois, on constate que l'oestrus apparaît moins de 28 heures après, avec un taux de fertilité d'environ 70 %. Après trois ou quatre traitements, ce délai d'apparition augmente et surtout devient plus aléatoire avec un taux de fertilité qui descend à 20 %. Cette baisse d’efficacité des traitements hormonaux, constatée en brebis comme en chèvre, est due à l'apparition d'anti-corps anti-PMSG (ROY el al, 1995).

Par ailleurs la fertilité paraît plus faible en race Saanen qu'en race Alpine et le traitement d'induction de l'oestrus peut provoquer des phénomènes de pseudo-gestation.

- Nouvelles technologies : production et transferts d'embryons, fécondation in vitro

Avec la perspective d'une augmentation importante des échanges génétiques dans le domaine caprin, le transfert d'embryons est une technique qui est appelée à se développer compte tenu de la sécurité qu'elle permet en termes de transmission des maladies. La super ovulation réalisée par utilisation de FSH au lieu de PMSG permet d'obtenir des taux d'ovulations élevés : en moyenne 12 à 16 ovulations par chèvre. Mais une des limites de ce type de traitement vient de la régression précoce du corps jaune observée chez 10 à 35 % des femelles. Ce phénomène favorisé par un mauvais état corporel a des causes inconnues. Finalement, le nombre de cabris nés par chèvre donneuse est de l'ordre de 3 à 4.

La production d'embryons in vitro et leur développement jusqu'au terme, chez une receveuse, est maintenant possible. Les scientifiques espèrent obtenir prochainement in vivo les mêmes résultats qu'in vitro, mais à un moindre coût.

Application des méthodes d'amélioration de la reproduction dans différentes situations d'élevage

- Reproduction en régions tropicales et subtropicales (DELGADILLO, Mexique et MALPAUX, France

Dans des conditions tropicales, les races locales n'ont le plus souvent pas de saison sexuelle ; une assez bonne corrélation positive existe entre la latitude et l'intervalle entre naissance. Des effets saisons apparents sont observés mais seraient plutôt liés à un effet alimentaire ou même à une conduite d'élevage. Ceci traduit un certain comportement "opportuniste" des races locales tropicales qui s'adaptent rapidement aux disponibilités alimentaires liées à la pluviométrie.

En conditions tropicales, les races importées européennes conservent une saisonnalité sexuelle marquée mais exprimée différemment de celle de leur région d'origine (différence de photopériodisme) et la saison de reproduction est plus longue qu'en Europe. Ainsi, pour contrôler la reproduction dans des conditions tropicales, la maîtrise de l'alimentation associant le recours à la manipulation des contacts socio-sexuels tels que l'effet mâle semblent les plus intéressants : dans un troupeau bien nourri, l'introduction du mâle séparé des femelles pendant trois semaines permet à 97 % des chèvres d'entrer en oestrus cinq jours après l'entrée du bouc, de manière simultanée pour 65 % d'entre elles. Pour les races européennes, cette technique pourrait être associée à la manipulation, en milieu tropical, du signal photo-périodique : utilisation de mélatonine ou immunisation contre la mélatonine.

- Reproduction en régions méditerranéennes

Dans des conditions méditerranéennes, en races Maltaise, Ionique, Garganique et Damascus, l'activité sexuelle des femelles serait naturellement retardée par rapport à celle des mâles, phénomène masqué dans les conditions naturelles par l'existence de l'effet mâle (LUCARONI et al, Italie).

A. BORGHESE et al. (Italie) montrent que l'effet mâle est efficace pour induire en mai-juin la reproduction des races méditerranéenne ci-dessus. Cette méthode permet une fertilité comparable et même meilleure que celle obtenue avec des techniques plus contraignantes telle que l'utilisation de FGA +PMSG. Néanmoins le traitement FGA + PMSG donne les meilleurs résultats en terme de prolificité et reste la méthode de choix pour l'utilisation de l'insémination artificielle.

Des communications ont été présentées également sur les sujets suivants :

- Caractéristiques de reproduction des races locales dans différents climats :
maltaise, ionique, garganique, etc. (BORGHESE et al.)
race créole (POINDRON et al.)
race indonésienne Jhakrana (SINGH et al.)
race cashmere Liaoning (WANG HENG et al.),
race Easter hunan black goat (HUANNH)

- Adaptation des races européennes sous conditions tropicales et subtropicales : alpine et croisements (DE LUCAS et al.- DELGADILLO et al., Mexique)

L'utilisation de différents traitements hormonaux pour la synchronisation des chaleurs et la super-ovulation en régions tropicales a également été présentée. Il aurait été souhaitable que les conditions de transfert de ces techniques aux différentes conditions de production puissent être approfondies dans les discussions

Jean-Paul DUBEUF (CIRVAL)
et Caroline BERISTAIN-BAILLY (UCARDEC)