Information et Innovation pour les filières dispersées

Janvier 1996- Corte

Sommaire

Déroulement du colloque et chronique des débats

Interventions introductives


Allocution de M. Jean Baggioni
Allocution de M. Bernard Chevassus-au-Louis
Allocution de M. Philippe Mangé

 

Aspects théoriques de la mise en réseau
Développement économique et besoins d’information, le rôle des réseaux

 

 

L'évolution du rapport de l'homme à la connaissance

Pour de nouvelles approches de la science, de l'innovation et du marché. Le role des réseaux socio-techniques

Michel Callon
Ecole des
Mines, Centre de Sociologie de l'Innovation, Paris (France)


L'extension toujours plus envahissante du marché signifie-t-elle nécessairement la disparition de milieux et de sociétés qui s'avèrent, du fait de leur inertie, incapables de s'adapter aux nouvelles règles du jeu? Le recours à toujours plus de sciences et de techniques disqualifie-t-il irrémédiablement les savoir-faire locaux? En un mot: l'innovation ne peut-elle s'imposer qu'aux dépens de la tradition? Pour répondre à ces questions il faut abandonner les visions traditionnelles des rapports entre sciences, techniques et marchés, considérées comme des sphères autonomes etant indépendantes l'une de l'autre. L'innovation n'est pas la conséquence pure et simple de forces irrésistibles et anonymes (comme le progrès scientifique ou la rentabilité économique), mais le résultat de mises en réseaux qui supposent des actions délibérées et opiniâtres.

Le but de la conférence est de montrer l'importance et la complémentarité de ces différentes mises en réseaux et de souligner l'existence des marges de manoeuvre qui en découlent pour les acteurs.

  1. La notion de réseau s'impose dès lors qu'on veut comprendre comment les connaissances et les compétences scientifiques se diffusent et deviennent mobilisables. La science ne constitue pas un réservoir de connaissances ou d'informations dans lequel il suffit de puiser. En fait les savoirs ne sont disponibles que dans des réseaux rares. De plus les connaissances ne s'appliquent pas : elles se transportent, s'adaptent et se combinent. On ne peut donc opposer des savoirs locaux et spécifiques à des savoirs universels et généraux: il n'y a que des savoirs liés à des réseaux plus ou moins longs, riches et diversifiés. La production de connaissances scientifiques utiles passe par cette activité volontaire et hautement concurrentiel de construction de réseaux.
  2. Pour comprendre comment une innovation se met en forme et se répand la notion de réseau est également utile. On rappelle brièvement les deux modèles d'analyse de l'innovation. Le modèle diffusionniste explique le succès par l'existence d'une demande ou par la qualité intrinsèque des produits proposés. Le modèle dit de la traduction montre au contraire quel succès suppose l'établissement de réseaux socio-techniques par intéressements et compromis progressifs. Dans le modèle diffusionniste la majorité des acteurs sont passifs voire rétrogrades; dans le modèle de la traduction tous les acteurs sont actifs et coopèrent: l'innovation est un processus collectif qui re configure tout à la fois l'univers social et l'univers des techniques. C'est à travers la conception négociée de produits nouveaux que les intérêts de chacun sont redéfinis et préservés.
  3. Dans la vision traditionnelle le marché est le lieu de la confrontation entre une demande et une offre qui se nouent (parfois) autour d'un produit, mais qui demeurent largement indépendantes l'une de l'autre. Lorsque l'innovation devient le ressort de la compétition économique, ce modèle s'avère inadapté. L'avantage compétitif va à celui qui sait définir en étroite concertation avec le consommateur et ses porte-parole le contenu du bien ou du service qui lui seront proposés. On peut dire que la demande est construite en même temps que le produit destiné à la satisfaire. C'est pour s'assurer de la fidélité du consommateur que la coopération avec lui commence très tôt, dès les activités de conception des produits. La concurrence se fait donc réseau contre réseau et suppose un mélange de coopérations et de programmation stratégique.

Cette mise en réseau des sciences, des techniques et des marchés conduit à repousser l'idée d'une contradiction inéluctable entre innovation et tradition. Les activités traditionnelles ne sont pas prises en tenaille entre le marché mondial et la science académique, débordées d'un côté par la consommation de masse et distancées de l'autre côté par les avancées d'une science que rien n'arrête. La demande et le consommateur se construisent , la science et les compétences s'adaptent et se transposent en se transportant, les produits et les services se négocient: la tradition s'invente et se réinvente en permanence intégrant, par compromis successifs, des éléments anciens à côté d'éléments récents. Le réseau est une forme d'organisation décentralisée, privilégiant les relations interpersonnelles et la libre circulation de l'information, dans laquelle initiatives individuelles et action collective, coopération et compétition, capitalisation des savoirs locaux et innovation sont rendus compatibles.
Ainsi, pour les acteurs quels qu'ils soient, la survie passe-t-elle par la capacité de produire des réseaux technico-économiques et de les faire évoluer.

 

 

 

Network analysis and network policies. Conceptual reflexions and practical experiences. The case of Toscana. (Giuliano Bianchi, Paolo Baldi, Simonetta Cerilli, Alessandro Compagnino)

Portée et limites de la coopération à distance par les réseaux de télécommunication. (Alain Rallet)

Le Réseau contre le local ? (André Torre)

La raison a ses réseaux que le réseau ne connaît pas. Savoirs distribués pour l’intelligence collective d’une filière. (Rémy Bouche, François Casabianca, Jean-Philippe Choisis, André Torre)

Intervention conclusive. (Bertrand Vissac)

 

Exemples de mise en réseau
Structure et organisation des réseaux

Réseaux d’information télématiques

Information et innovation : l’expérience d’une conférence scientifique télématique (téléconférence). (Giuseppe Enne, C. Botesella)

Green telematic services for rural areas. (Alexander Sideridis)

Le premier système d’information sur les îles de l’Union Européenne. (Michel Biggi)

RETECOR - Une véritable autoroute de l’information pour la Corse. (Eric Ferrari)

Les nouvelles technologies de l’information au CIRAD. Un instrument de travail, un outil de coopération. (François Radigon)

Cas particulier des réseaux documentaires

La FAO et l’information. (Monique Bonnichon)

Le Centre régional de documentation caprine Poitou-Charentes. (Geneviève Freund)

Projet télématique Méditerranée. (Bernadette Dupuy)

Utilisation et valorisation de l’information scientifique et technique. (Marie-Claude Bonnal)

Aspects juridiques

Droit et traitement de l’information. Problématique générale. (Pr Bibent)

 

Mise en réseau et actions techniques pour les filières laitières ovine et caprine.

Besoins et préoccupations

Spécificité des sources et des besoins d’information dans le secteur caprin et stratégie à adopter. (Pierre Morand Fehr)

Les besoins d’informations nécessaires pour la mesure du développement économique des systèmes de production ovine et caprine. (Gilbert-Claude Toussaint)

Des actions de coopération dans les filières laitières de différents pays au cours de ces dernières années. (Pierre Coquin)

Actions mises en œuvre à différents niveaux (régional, national, international)

Action de développement au Maroc

Développement de l’élevage caprin. L’expérience de l’Association Nationale Ovine-Caprine (ANOC) au nord du Maroc. (Abdellah Nourdine Aït-Bihi, A. Outmani, M. Bouaissa)

Les filières sarde et corse

Organisation du transfert de nouvelles technologies aux élevages de petits ruminants en Sardaigne. (Grazia Bucarelli, Marino Contu)

L’emploi de levains spécifiques en Sardaigne et en Corse : une innovation dans les pratiques fromagères. (Eric Casalta, Antonio Ledda, Maria-Francesca Scintu, Marie-Xavière Maroselli)

The information in remote sectors: the somatic cell content of sheep milk in Sardinia. (E.P.L. de Santis, R. Mazette, Walter Pinna, Giuseppe Moniello, A. Caria, P.L. Bitti, G.F. Sionis)

Mise en place d’une politique qualité dans le secteur laitier en Corse. (Marc Memmi, Laurent Varesi)

Actions internationales et de coopération

FAO-CIHEAM Network on sheep and goats activities on small ruminants products. (Pierre Morand-Fehr, Dunixi Gabiña, Roberto Rubino)

L’expérience de l’UCARDEC, une association au service du développement de la production caprine à l’étranger. (Kacem Boussouar)

Certaines activités des filières petits ruminants. (Georges Kalantzopoulos)

 

Conclusion

Vers un espace de dialogue et de médiation (Jean-Paul Dubeuf)