Quels services de développement
pour le secteur ovin et caprin ?
Le
séminaire F.A.O. /C.I.H.E.A.M. sur les systèmes de production ovins et caprins
s'est tenu à BELLA (Italie), les 26 et 27 Octobre dernier. Une session complète
a été consacrée à l'Organisation des Services de Développement. Par une
présentation des Services existants dans la plupart des pays concernés1 par les
ovins et caprins il a été possible d'appréhender la diversité des besoins, des
objectifs et des moyens mais aussi les points de convergence sur les problèmes
rencontrés.
Des
organisations très administrées dans un cadre généralement public ou
semi-public. Les Services de Développement sont le plus souvent centralisés
mais plusieurs pays ont amorcé une régionalisation de leur organisation
administrative.
L'Espagne
a poussé très loin la régionalisation de ses Services dans le cadre des
Autonomies, avec des initiatives et des objectifs très différents suivant les
régions. Par exemple le programme en place dans la région de Murcie pour le
secteur caprin a pour objectif le transfert des innovations techniques vers les
unités de production et la filière fromagère (améliorer la qualité, favoriser
la gestion technique, contribuer à la caractérisation du "fromage au
vin"). Pour les systèmes extensifs en Extrèmadure, le transfert de
Technologie vise à l'ajustement des besoins alimentaires du cheptel par une
exploitation rationnelle des pâtures disponibles en particulier pendant les
périodes critiques, l'organisation des agnelages, l'introduction des machines à
traire, etc…. Au Pays Basque2 , il existe une organisation très structurée
entre organisations d'éleveurs, centres de gestion, centres d'amélioration
génétique. Des cellules de concertation efficaces ont été mises en places pour
établir une bonne coordination entre les différentes structures.
Plus récemment, la volonté de renforcement des services au niveau régional est
aussi une réalité en Italie avec des articulations variables entre secteur
public et secteur privé selon les régions. Dotée d'un grand nombre d'organismes
et de techniciens, l'Italie propose des actions très diverses selon les régions
autour de l'objectif général de renforcement et d'intégration des Services à
l'Agriculture. Le cas de la Sardaigne pour le secteur ovin est particulièrement
décrit. Ainsi l'A.R.A.S.3 mobilise 194 techniciens ovins et caprins, ingénieurs
ou vétérinaires autour de missions diversifiées de consultation technique, de
plans de fertilisation, d'analyses, de Conseil en sélection, amélioration
génétique, ou insémination. Le suivi sanitaire est réalisé en partenariat avec
l'Institut Zooprophylactique de Sassari ; enfin un réseau de suivi technico
économique d'une centaine de fermes est en cours de constitution.
La France peut faire figure de modèle dans la mesure où le pilotage du
développement est réalisé par les organisations professionnelles. L'originalité
de ce dispositif tient aussi à son mode de financement essentiellement
d'origine fiscale (taxes foncières) ou parafiscale (sur les produits agricoles).
Mais des évolutions importantes risquent d'intervenir compte tenu de la
généralisation des logiques verticales de filière et la multiplicité des
approches horizontales de "pays" impliquant de plus en plus les
collectivités territoriales. (LEGER)
Dans
de nombreux cas comme en Grèce, les techniciens du secteur ovin caprin sont
mobilisés dans des missions administratives liées aux dossiers de demande des
primes compensatrices pour l'élevage dans les zones difficiles (Koutsouris). La
vulgarisation dans ce pays s'était organisée dans les années 1950 au service
des agriculteurs les plus innovants mais aujourd'hui, les éleveurs
"dynamiques" des zones montagneuses ou semi montagneuses ressentent
un besoin d'appui non satisfait par des services bureaucratiques peu
disponibles pour les aider dans leur fonction de gestionnaire et
d'entrepreneur. Les Pays de l'Est sont dans une situation particulière depuis
les changements politiques de la fin des années 1990 et les Services ont été
réorganisés par les gouvernements (Hongrie, Bulgarie, etc…) avec l'appui
d'O.N.G. étrangères dans le cadre de programmes précis d'appui au
développement.
Le
rôle des organisations d'éleveurs reste faible dans de nombreux pays.
La faible motivation de nombreux éleveurs âgés qui se contentent du faible
revenu apporté par les primes (Koutsouris), la mauvaise image sociale de
l'élevage (Turquie, Bulgarie) ne créent pas des situations favorables à
l'émergence d'organisations d'éleveurs structurées. Plusieurs initiatives
intéressantes ont toutefois été signalées.
Ainsi les méthodes participatives de l'A.N.O.C.4 au Maroc en partenariat avec
les organismes institutionnels suscitent la participation des éleveurs et de
leurs représentants à l'élaboration des programmes d'appui (OUTMANI). Cette
volonté des pouvoirs publics de s'appuyer sur des organisations d'éleveurs est
présente également en Tunisie sous la coordination opérationnelle de L'O.E.P5
(AROUS).
Malgré
la diversité des initiatives, l'impact des actions de développement reste
faible Le faible impact relatif de ces actions a été souligné par la plupart
des intervenants. Pour résumer de manière globale la situation du secteur ovin
et caprin dans les zones difficiles le constat dressé par O. BICER à propos de
la Turquie peut, avec des nuances, être généralisé.
-manque
de qualification et de motivation des techniciens bien qu'en nombre
généralement suffisant; créativité insuffisante.
-faibles liens entre chercheurs, agents de développement ou fermiers et faible
retour aux éleveurs; absence de tradition d'expérimentation en ferme.
-Interférences
politiques fréquentes sur les orientations du personnel
-Manque
de coordination entre les différents services.
-Manque
de compréhension des problèmes socioculturels pour les processus d'adoption du
changement et services qui ne correspondent pas aux priorités des éleveurs
-Manque
de volonté pour le travail pluridisciplinaire
-Enfin
budget limité pour les actions de développement proprement dites.
L'absences
d'objectifs clairs, le manque de lien entre production, transformation et
commercialisation, la dispersion et la sous population dans les zones
concernées sont également rappelés par DIMOV concernant la Bulgarie.
Le
métier d'agent de développement est en train de se transformer. De
vulgarisateur il doit devenir "agent de changement" pour aider
l'éleveur à réaliser l'autodiagnostic de sa situation et l'accompagner dans ces
décisions. Les fonctions de conseil doivent absolument être séparées des
fonctions administratives comme l'ont compris les quelques agences privées de
développement existant en Grèce. Mais leur impact reste limité aux éleveurs les
plus dynamiques.
On
assiste ainsi à un certain renouvellement des méthodes et des actions. A
Chypre, où la demande de conseil augmente, la diffusion d'information se fait à
travers les visites et les conseils personnels mais aussi par des cours de
perfectionnement, des conférences, des journées de démonstration en utilisant
tous les média disponibles (Radio, Télévision, publications périodiques).
En Hongrie un système intégré d'information et d'aide à la décision pour la
production de laits des petits ruminants a été mis en place avec une O.N.G.
américaine U.S. Aid.
Au
Pays basque, la gestion technico économique a été développée depuis 1987. Pour
mesurer l'efficacité de la Production, le suivi est réalisé avec une approche
globale de l'élevage, enregistrement de ses données et visites systématiques en
fermes au cours desquelles des enregistrements complémentaires sont réalisées
autour d'une discussion avec l'éleveur. Malgré l'intérêt de cette méthode 60
éleveurs seulement adhèrent à la démarche.
La nécessité de renforcer les différents dispositifs efficaces.
Pour
tous les pays la question du financement du Développement est une
préoccupation. Ses Services peuvent être difficilement financés par les
utilisateurs en particulier dans les régions à faible revenu agricole et pour
des secteurs comme l'élevage ovin et caprin. Avec des Services gratuits, la
faiblesse des financements disponibles limitent le nombre d'éleveurs suivis
(Maroc, Chypre). En France où des méthodes très élaborées comme les réseaux de
références existent, la crise du financement de l'Agriculture pourrait à terme
remettre en cause certains dispositifs (LEGER).
La
conférence de Paris organisée par l'O.C.D.E. sur les Systèmes de Connaissance
de l'Agriculture a rappelé que l'engagement des pouvoirs publics pour réduire
les déficits publics aura des conséquences sur le financement du Développement.
Puisque l'amélioration de la productivité n'est plus aujourd'hui l'objectif de
nos Sociétés, faut il conserver ou développer ce dispositif ? L. IACOPINI
répond sans ambiguïté à cette proposition. L'agriculture aujourd'hui est une
activité de haute technologie. Face à la complexité des problèmes elle a réellement
besoin de plus de connaissance. Il lui faut un système d'information fort. Le
maître mot pour son évolution n'est pas réduction mais bien rationalisation. Le
financement de missions comme l'Education, la protection de l'Environnement ou
le Développement rural sont des missions de Service public qui doivent être
assurés avec une contribution publique significative.
J.-P.D.