Note de Lecture

Alimentation méditerranéenne et héritage 

 

Martine PADILLA (CIHEAM –IAMM)  a présenté au cours de la 2ème Conférence sur la Recherche agronomique en Méditerranée au Caire (Janvier 2003), une analyse originale sur l’alimentation méditerranéenne et s’interroge sur sa patrimonialisation au sens d’une appropriation et d’une mobilisation des acteurs pour revaloriser le produit et l’ériger en bien culturel à forte dimension symbolique.

 

During the 2nd Conference for Cooperation in Agricultural Research in Cairo (January 2003) Martine Padilla (CIHEAM-IAMM) has presented an original analysis on the Mediterranean diet. She has developed its patrimonial characteristics, and the appropriation by operators to valorise the products and define them as cultural goods with a strong symbolic dimension. She has developed the influence of historical periods that have led to very diversified feeding models based of specific savours and goods. In a fast changing rural world the condition to maintain this diversity have been discussed to avoid the disappearance of so many products.

 

   Le produit patrimonial fait référence à l’histoire, à la tradition, à la typicité ancrée dans un lieu et un savoir-faire qui transmettent au cours du temps. L’histoire de la Méditerranée, fondée sur les échanges et la diversité a largement forgé le patrimoine alimentaire et le paradoxe est que le patrimoine alimentaire méditerranéen repose sur des produits exotiques à la région.

 

  Les grandes périodes historiques : 

  - antiquité : introduction de la vigne , de l’olivier, de l’amandier, du blé, de l’orge, du mouton et des chèvres, par exemple,…

    - conquête arabe : introduction du riz ou de la canne à sucre,…

   - contact avec la Chine au Moyen - Age : consommation d’aubergines, de concombres, de courgettes mais aussi des pâtes alimentaires,

  - découverte de l’Amérique : introduction du maïs, de la tomate, de la pomme de terre, du chocolat, des courges.

  

Des modèles alimentaires très diversifiés :

  

   Malgré des caractéristiques communes et originales concernant les produits utilisés[1] ou les saveurs particulières[2], les modèles alimentaires de la Méditerranée sont fortement différenciés d’une grande région à l’autre (voir graphique ci-dessous ) mais également à l’intérieur d’une même zone (plus de poisson ou de pomme de terre en Espagne, plus de céréale et de lait en Italie)

 

Les autres caractéristiques de la typicité méditerranéenne :

- Le respect de la saisonnalité des produits,

- Des repas structurés et conviviaux,

- Des techniques de préparation spécifiques : bouillons et potages, aromatisation des viandes panage des fritures, hachage fin des aliments, mise en  pâte, combinaison des saveurs,

- Des techniques de conservation particulières : séchage au four et au soleil salage, fermentation, conservation dans le vinaigre et dans l’huile, confits de viande,…

 

 
 


Comparaison Nord - Sud – Balkans des diètes Méditerranéennes en 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : base de données FAO

Le risque d’un « génocide culturel » malgré de nombreux avantages de la patrimonialisation alimentaire  

 

Les produits de terroir bénéficient auprès du consommateur d’une image positive de qualité, de naturel, de respect des paysages et connaissent une forte croissance dans tous les pays développés. Mais pour s’inscrire dans la modernité, et éviter ce qu’un auteur appelle génocide culturel, ces produits associés à des systèmes de production très traditionnels et le plus souvent en voie de marginalisation doivent trouver les moyens de se différencier clairement par rapport aux produits de masse. Il leur faut construire leur marché, informer le consommateur mais aussi informer maîtriser et améliorer les techniques dans le respect des normes en vigueur sans s’orienter vers une banalisation des produits et goûts, bref concilier respect des traditions et contrôle des processus de fabrication.

 

JPD 

 

 



[1] Forte consommation de légumes et fruits variés et de fruits secs, de poisson faible consommation de viande rouge à l’exception de la viande ovine et caprine, faible consommation de lait mais beaucoup de fromages de brebis et de chèvre de lait fermenté (labneh, raieb, ayron) ou de yaourts, utilisation généralisée de l’huile d’olive, du citron… 

[2] acide, aigre-doux, amer, piquant, sucré – salé,, recours aux épices et aux condiments aromatiques comme le basilic