Coopération scientifique                   

Conférence agronomique méditerranéenne du Caire  

 

 

La 2ème Conférence sur la Coopération en Recherche agronomique s'est déroulée au Caire, les 19 et 20 Janvier dernier. La rencontre était organisée par le NAGREF et l'ARC en partenariat avec l'INRA français et le CIHEAM. Elle faisait suite à une première conférence à  Athènes en décembre 2000. L'objectif de ces conférences est de renforcer le dialogue et de favoriser l'émergence de coopérations interméditerranéennes en Recherche agronomique. Une centaine de participants, délégués par leurs gouvernements ou leurs institutions respectifs ont participé aux échanges consacrés principalement aux stratégies pour améliorer la qualité et promouvoir les produits agricoles du bassin méditerranéen.

 

Gestion spécifique de la qualité des produits méditerranéens ou uniformisation normative ? 

 

Une série de communications introductives était consacrée à cette thématique. Martine Padilla (CIHEAM), a posé le problème des produits traditionnels patrimoniaux et de leur avenir (voir note de lecture) et Bertil Sylvander (INRA) a explicité la protection des produits d'origine en termes juridiques par rapport aux enjeux de l'organisation mondiale du Commerce. Il a balisé le sujet en présentant les différences d’approche existant sur cette question entre les différents pays (pays anglo - saxons et alliés versus pays méditerranéens?) et les termes des négociations mondiales en cours.

 

Une autre dimension essentielle de la qualité des produits agro-alimentaires est la protection sanitaire et hygiénique du consommateur en liaison avec les directives du Codex Alimentarius. Kostas Billiaderis (NAGREF) a ainsi mis en évidence les termes du débat, un autre clivage se situant entre une vision mondiale unique de la qualité et la diversité des produits traditionnels comme ceux de Méditerranée avec la diversité des modalités de gestion qui en découle.

 

Le travail en réseau, une forme de coopération adaptée aux échanges scientifiques et selon quelles modalités ?

 

A partir de cette thématique "qualité", la réflexion a ensuite porté sur les systèmes de Coopération. Le fonctionnement en réseau, association volontaire d'individus ou d'institutions pour collaborer efficacement autour d'objectifs précis apparaît comme une forme de coopération à privilégier. W. Erskine (ICARDA) montre comment les réseaux internationaux et régionaux d'Asie de l'Ouest et d'Afrique sont une composante essentielle de la réflexion politique et scientifique sur l'articulation entre approches territoriales et thématiques. Michel Larbier (FAO) présente ensuite les réseaux ESCORENA de la FAO qui ont permis depuis 20 ans de sortir les petites équipes de leur isolement.

Le projet de Centre de Ressources sur les produits de qualité des zones de montagne de l'Association Euromontana est une autre forme de travail finalisé en réseau, limité dans le temps et financé par l'Union européenne . L'Observatoire méditerranéen du CIHEAM est présenté par Gérard Ghersi comme le point de départ d'une Recherche pour le Développement, lieu d'échanges et de transferts entre chercheurs en réseaux.

 

Un besoin réaffirmé pour le transfert et la formation

 

Des  diverses interventions, plusieurs questions ont émergé avec insistance au cours des différents ateliers et débats qui ont suivi :

 

-         Comment la politique des réseaux peut elle s'articuler et se connecter avec la vie et les programmes des Instituts de Recherche?

-         Quelle méthodologie collective établir pour définir de manière légitime les thèmes prioritaires, la liaison avec le secteur économique ou la qualité scientifique ? le risque d'une autonomisation trop forte de ces réseaux est identifié qui peut leur faire progressivement perdre toute base sociale ; aussi une refondation périodique des réseaux est certainement nécessaire.

-         Si le déficit d’information en Méditerranée est plus que jamais souligné, les interrogations demeurent sur la manière de construire des normes et des références qui soient partagées par le plus grand nombre.

-         Au niveau technologique, comment adapter les nouvelles technologies aux produits méditerranéens ?   

 

On a par ailleurs bien ressenti que les Instituts de Recherche, ont toujours très majoritairement un fonctionnement disciplinaire très académique et très orienté vers une recherche plutôt  fondamentale. A l’inverse, le besoin de transférer les résultats des recherches, d’établir de vraies relations avec les chaînes d’acteurs, de créer une culture scientifique avec des acteurs économiques, de former des cadres à la négociation, de développer des approches multidisciplinaires  prédomine largement. Il se heurte toutefois à la faiblesse des organisations professionnelles dans de nombreux pays.  

 

 

L’atelier consacré au secteur laitier a confirmé l’intérêt d’une approche en réseaux inter - espèces pour le développement local de l’élevage, et pour favoriser l’émergence de projets locaux à forte composante territoriale.  La mobilisation des réseaux par espèce (qui existent  déjà) pourrait contribuer à répondre au besoin important d’expertise pour l’organisation des filières régionales. La mise en œuvre de moyens d’observations et des suivis technico-économiques pour la définition de références locales est également recommandée dans le cadre d’un projet collectif.

 

 

La nécessité d’un dialogue permanent à organiser

 

Il y a là une vraie contradiction entre un diagnostic, qui parait pertinent, et les outils disponibles, les décisions politiques, l’affectation des moyens et des priorités qui ne correspondent pas à ce diagnostic.

Dans la même logique, la volonté clairement affichée de l’Union européenne d’œuvrer pour un espace méditerranéen  de la recherche parait en décalage par rapport aux moyens financiers affectés qui sont eux en réduction significative.       

On peut espérer que l’initiative MEDAGRI  pour créer cet espace de la recherche en Méditerranée contribue à de vraies évolutions dans ce sens. En l’absence de véritables mandataires décisionnels pour représenter un certain nombre de pays, la finalisation des  aspects statutaires de l’initiative n’a pu  aboutir mais la discussion animée par Napoléon Maraveyas et Bertrand Hervieu, respectivement Président du NAGREF et de l’INRA, a permis une explication ouverte sur la proposition et les statuts de MEDAGRI présentés par la Grèce.    

 

Jean-Paul DUBEUF

 

 

The 2nd Conference on Cooperation in Agricultural Research in the Mediterranean has been held in Cairo, in January 19th and 20th, 2003. The meeting has been organised by NAGREF and ARC in partnership with the French INRA and CIHEAM, following the first Conference in Athens in December 2000 with the objective to strengthen the dialogue for strong Mediterranean co-operations in Agricultural research. About hundred governmental and institutional delegates have debated mainly on strategies to improve Quality and promote the Mediterranean Agricultural products.

During the main communications the question has been to know if a specific management for quality of Mediterranean products would be possible or if standardization would be ineluctable. To work on these multidisciplinary problems, the networks shave been showed to be a suitable way for scientific Co-operation but the examples given have shown that the relations with the economical world could be strengthen. If training and technological transfer seem to be always a strong priority, the lack of means for interface and the lack of professional organisation would not be in favour of such actions. MEDAGRI could be a valuable to create this permanent dialogue and answer the dramatic stakes for Agriculture in the Mediterranean.