FEZ/EAAP Meeting in Cairo :

Table ronde sur la globalisation/   Round TABLE ON GLOBALIZATION

 

 

Pour la première fois depuis sa création, la Fédération européenne de Zootechnie (FEZ/EAAP) organisait ses rencontres annuelles hors d'Europe, au Caire (Egypte) du 31 août  au 4 septembre dernier. A cette occasion, très logiquement, les sujets intéressants particulièrement les pays du sud ont été pris en compte : des sessions ont été consacrées aux systèmes d'élevage en conditions difficiles ainsi qu'aux mécanismes d'adaptation physiologiques des animaux à ces conditions.

La table ronde sur la globalisation des échanges, animée par Patrick Cunningham et Jean-Claude Flamant, était dans la ligne initiée par la FEZ depuis 3 ans pour intégrer en son sein les débats sur les grandes questions qui concernent la production animale. Les petits ruminants et le développement rural sont évidemment très concernés par la question traitée cette année.    

 

Production animale et globalisation : quels bénéficiaires ?

 

Le forum de discussion réunissait Prof. Paolo de Castro (ex-ministre italien des politiques agricoles, membre du Comité scientifique du CIHEAM et Président de Nomisma), Prof. Marcel Mazoyer[1] et Prof. Laurence Roudard de l'INA-PG, Prof. Saad Nassar, (Université du Caire et Gouverneur de la province du Fayoum ). Chacun d'entre eux a d'abord présenté un  certain nombre de chiffres clés sur la réalité et l'impact de la globalisation en Agriculture.

 

La globalisation, une réalité intangible qui ne conduit pas à la réduction des disparités :

Si les différents sommets internationaux (Seattle, Gènes, Doha,…) sont l'occasion de protestations contre la mondialisation, la globalisation des échanges est un fait depuis 1963, comme le montre Paolo De Castro, avec des volumes d' échanges multipliés par 4 en 40 ans.

Il n'est donc pas question de remettre en cause ce processus. Pourtant, peut-on bénéficier de ces bienfaits et aussi limiter ses effets négatifs? Chiffres à l'appui, on constate sans ambiguïté que la progression des exportations profite d'abord aux pays industrialisés. L'agriculture modernisée (qui ne concerne que 2 % des actifs) tire les principaux avantages de l'évolution récente qui a conduit à une forte baisse du prix relatif des céréales, favorable à la production à bas prix des volailles ou des porcs. Les grandes exploitations à faibles coûts de main d'œuvre (comme l'élevage au Brésil) ont pu également largement se positionner sur le commerce mondial. La "Révolution verte" ne touche qu'une partie des paysans, déclarent  Marcel Mazoyer et Laurence ROUDARD et elle n'a pas résolu les problèmes de malnutrition. Si 3 à 4 milliards d'individus mangent mieux en moyenne que les 2,5 milliards d'il y a 50 ans, le nombre de personnes souffrant de carences alimentaires importantes, surtout des paysans ne diminue pas  malgré les campagnes mondiales contre la faim. Si en Asie, les échanges augmentent, la part relative du commerce africain dans le commerce mondial est aussi en fort retrait.

 

Une partie des 800 millions d'agriculteurs concernés par la "Révolution verte" (utilisation de semences sélectionnées, achats d'engrais mais faible mécanisation et peu d'investissements, etc…) et plus encore les 500 millions de paysans en dehors du marché sont clairement les victimes de la baisse des prix des produits agricoles, résultat de la combinaison de l'accroissement de la productivité des agriculteurs des pays industrialisés et des subventions et aides à l'exportation. Installés sur des microstructures de moins de 1 ha ou sans terres, ces paysans sans outils de travail, sans moyens de financement pour leurs investissements et souvent pour leurs fournitures ne parviennent plus à obtenir un revenu familial vital de la vente de leurs produits. Ils sont souvent contraints d'abandonner leurs terres pour s'installer dans les périphéries des villes dont ils contribuent à accroître le chômage et les déséquilibres.

 

Un enjeu fort : organiser la régulation des échanges et donner leurs places aux produits locaux.    

 

 Face à ses défis véritablement majeurs pour le monde du 21ème siècle, quelle est la place des grandes instances où se négocient les règles du commerce international (WTO, GATT, Uruguay Round) ? Pour Paolo de Castro, leurs existences sont positives car elles constituent un lieu pour mettre en place des régulations voire des compensations à la liberté du commerce mondial. Ces régulations sont seules susceptibles de compenser les effets négatifs de la liberté totale du commerce.

La globalisation ne peut être réduite au libre échange commercial et à la production. Elle doit aussi prendre en compte la maîtrise de l'environnement, la diversité des systèmes d'élevage avec ses composantes sociales. Saad NASSAR évoque le besoin d'augmenter le prix des produits agricoles et l'intérêt de créer des fonds de compensation aux effets de conjoncture tout en restant dans une économie libérale, l'Etat égyptien recentrant son action sur la Recherche et l'Assistance technique. Marcel Mazoyer et Laurence Roudart appellent à la création des conditions d'un commerce équitable, par des systèmes de compensation au sein de larges zones géographiques à faible productivité pour favoriser des prix plus élevés. La faiblesse des concertations entre paysans du bassin méditerranéen est à ce propos soulignée.

Les régularisations à défendre pour maintenir des prix élevés, quand c'est nécessaire, doivent donner une place aux économies locales au sein du marché global : une meilleure identification des produits, et plus particulièrement les produits traditionnels, en vue de procédures de certification généralisées sont aussi des voies à explorer pour construire des liens entre produits et territoires  qui ne puissent être considérés comme des démarches protectionnistes.

 

Compte-rendu rédigé par Jean-Paul Dubeuf avec l'appui de Jean-Claude Flamant, Directeur de la Mission d'Animation des Agrobiosciences qui a organisé la table ronde 


 

 

“Globalisation of the livestock sector: who benefits?”

 

Large and very attentive assistance to the third Round Table organised during the Annual EAAP Meeting

The people invited to introduce the Round Table in Cairo were of high level standard and experience Paolo De Castro[2], Marcel Mazoyer[3]; Saad Nassar[4]. They were waited to enlighten the livestock experts about the challenges of the globalisation of the trade of agricultural products.

The fundamental reflection developed by Paolo De Castro is that it cannot be resisted to the pressure of globalisation. So one cannot be for or against globalisation: we have to do with it, but as far as possible it needs to control it in order to avoid its potential destructive effects. This is well the issue expressed by Saad Nassar considering the Egypt condition. How it is possible to benefit of the positive effects of the increasing flux of commercial exchanges and to limit its negative consequences for the local agriculture, particularly in the developing countries?

However, the analysis of Marcel Mazoyer and Laurence Roudart clearly stressed the limits of such possibilities. Their founded their arguments on the various types of farmers observed over the world. Primary those who practice developed and industrialised agriculture, then those involved in the so-called “green revolution”, and thirdly those they called the “orphan peasants”. These last ones have no access to selected varieties and breeds, manure and pesticides, mechanised tools. Meanwhile those of the industrialised agriculture as the average productivity of the first ones - the industrialised farmers - was considerably increased during the last 30 years and now could attain 2.000 times that of the “orphan farmers”. Marcel Mazoyer and Laurence Roudart demonstrated that if the spectacular increasing of the technical productivity of the industrialised farmers is favourable to lower prices of products in the developed countries, it has also the same consequences for the products that are imported by developing countries. It results in a dramatic decreasing of the income of the local “orphan peasants” who can no more obtain sufficient income from the sell of their own agricultural products for their basic familial needs. Particularly, Marcel Mazoyer and Laurence Roudart concluded they are fighting for the definition of 4 or 5 regions in the world, each of them having similar agricultural and economic characteristics, and being relatively protected from the too heavy differences with the other ones.

The assistance was very stimulated by these very well documented exposures and the strong arguments expressed by our invited people. Finally it was clear that the initial question “Who benefits?”, obliged to also ask: “Who is loosing?”, or even: “Who can compete?”. It also appeared clearly that there are other consequences of the globalisation to take into account. For instance the increasing risks of dissemination of diseases by the higher level of exchanges, and also the negative high pressure on environment as it was discussed during the same time on the Johannesburg Summit.

 

Report of the round-table written by J-Cl. Flamant (abstracts)[5] 

 



[1] Ex-titulaire de la Chaire d'Agronomie comparée et du développement de l'Agriculture à l'Institut national agronomique Paris -Grigon  et ex-Président du Comité de Programmation de la FAO. M. Mazoyer et Laurence Roudard sont les auteurs de "Histoire des Agricultures du monde", Le Seuil, Edit.  

[2] formerly Italian Minister of Agricultural Policies, President of Nomisma, University of Bologna

[3]Professor of Compared Agriculture at the Institut National Agronomique Paris-Grignon (successor of Prof. René Dumont), assisted by Laurence Roudart. They  have written « Histoire des Agricultures du Monde », Seuil Ed., (Point-Histoire)

[4] Professor Cairo University, Governor of the Fayoun Province (Egypt)

[5] The proceedings of the 3rd Round Table will be available at the beginning of the year 2003 on the Webs of EAAP and of Mission d’Animation des Agrobiosciences.