Le secteur
laitier ovin et caprin en Jordanie : situation et perspectives
La Jordanie couvre une
surface de 96 188 km2 mais son climat semi-aride limite fortement la surface
des terres arables (seulement 4% plus 1% en prairies et parcours pastoraux).
Dans les zones rurales,
l'élevage allaitant est encore la base du système pastoral, encore très
influencé par le nomadisme. Le plus souvent un berger garde le troupeau de 50 à
100 têtes pendant la journée qui est ensuite regroupé pour la nuit près des
campements.
Les élevages pastoraux
et les petits éleveurs ont régulièrement augmenté la taille de leur troupeau
depuis dix ans, suivant en ceci la demande croissante de la population pour les
produits animaux dont le pays est toujours importateur net.
De 1986 à 1996, le
nombre de chèvres et de brebis a doublé jusqu'à respectivement 806 000 et 2 375
000 têtes.
Le lait de brebis et de
chèvre représente 36 % (58,6 millions de kg) de la production laitière totale.
A la ferme, les femmes
sont responsables de la transformation du lait, surtout dans les zones
urbaines. La traite, manuelle, a généralement lieu près des puits, proches des
campements. Les brebis, par exemple,
sont attachées en ligne par troupe de 50. Chaque brebis produit 0,5 kg de lait par jour pour une durée de
lactation moyenne de 120 jours (environ 60 litres de lait hors allaitement par lactation) .
Les températures diurnes
élevées entraînent une contamination élevée des laits. Le lait doit donc
impérativement être réfrigéré et transporté le plus rapidement possible.
Le manque de maîtrise
dans la manipulation, le stockage et la transformation du lait serait
responsable d'après le gouvernement de Jordanie de la perte d'environ 20% du
lait brut, résultat de pratiques non hygiéniques et de ces mauvaises conditions
d'environnement.
Les produits laitiers traditionnels de Jordanie
Il existe en Jordanie
des fromages et produits laitiers traditionnels qui entrent pour une bonne part
dans la base de l'alimentation. Parmi ceux-ci le Samneh, le Djamid le Labaneh et le Gibneh
sont les plus connus.
Le Gibneh est un fromage blanc écrémé pressé en saumure. 1000 l de
lait de brebis permettent la production d'environ 235 kg de Gibneh. Additionné
de cumin noir (Hab Baraka) en surface, le Gibneh "tendre" est conditionné
dans la saumure en bidons de 5 kgs. Le Gibneh "bouilli" est également
conditionné en bidon métallique après immersion pendant 5 mn dans une saumure
bouillante.
Le Djamid est un caillé lactique et aromatisé d'herbes, pressé en
moules de 170 g chacun. Dissous dans l'eau, le Djamid sert de sauce dans le
plat au riz appelé le "Mensaf".
A partir de la crème
extraite pendant la fabrication du Gibneh ou du Djamid, on fabrique du beurre
au lait de brebis, d'excellente qualité organoleptique. La concentration et la
fonte de la matière grasse du beurre conduit à la fabrication de Semneh (huile de beurre). Ce Semneh,
additionné de colorants (Kourkoums) ou de plantes aromatiques (Handagough et
H'outourfane) est conditionné en boites métalliques de 5 à 20 kg ou pots
plastiques de 500 g et 1 kg.
Le Labaneh est un fromage frais acide à base de yaourts. On retrouve
d'ailleurs des fromages du même type dans de nombreux pays du Moyen-Orient et
de la rive sud de la Méditerranée.
Le projet de développement conduit par la FAO
En 1980, le gouvernement
de Jordanie a mis en place un programme-cadre comprenant la création de
coopératives, l'octroi d'aides pour améliorer l'alimentation des troupeaux et
l'utilisation des pâturages. Il s'est avéré que les problèmes sanitaires sur le
troupeau, la réduction des aides ont eu ensuite un impact négatif important. 50
% de la consommation nationale de viande ovine par exemple provient du
Proche-Orient mais une partie importante est importée d'Australie et de
Nouvelle Zélande. L'appui au développement de l'élevage ovin en soutenant la
production laitière est un choix stratégique. Cette décision a été prise dans
la mesure où la production laitière est susceptible d'apporter une valeur
ajoutée et des revenus aux éleveurs avec des produits, traditionnels qui
correspondent aux goûts des consommateurs.
Le manque de
connaissances techniques, d'expertise dans la transformation du lait et
l'absence d'équipement dans de nombreuses zones rurales ont jusque là fortement handicapé le
développement de la transformation laitière.
En 1995 La Jordanian
Cooperative Corporation (JCC) a soumis à la FAO et au Ministère du Plan, un
plan de mécanisation et de standardisation de la production laitière en zones
rurales.
Les coopératives ovines
des régions de Karak, Maan, Dier Alla ont été sélectionnées parmi 12
candidates pour participer au projet
pilote (en fonction de leur potentiel productif, de la composition des
troupeaux et des facilités accessibles (eau, électricité,..)
La formation a été un
élément clé du projet. Par ailleurs 2 unités d'une capacité de 3000 à 4000
litres par jour et une fromagerie spécialisée de 500 litres/jour de capacité
ont été sélectionnées et équipées. 15 salariées ont reçu un cours intensif sur
l'hygiène et la gestion. 2 cadres de JCC ont par ailleurs suivi un stage sur la
collecte et la transformation du lait au Maroc. 200 femmes d'éleveurs ovins ont
reçu une formation d'une journée sur la conduite de La traite, le stockage et
le transport du lait.
Enfin, concernant la
Commercialisation, une enquête sur les préférences du consommateur, sur les
coûts de production et la qualité des produits existants a été conduite. A la
suite de cette enquête, il a été décidé de développer principalement les
produits traditionnels. L'amélioration de la présentation et de l'emballage
pour des produits comme le Jameed devraient permettre un développement
commercial important.
De nouvelles
coopératives ont rejoint le projet et des discussions sont en cours pour
travailler aussi sur le lait de vache ce qui atteste de son succès, comme la
volonté de la part de pays voisins (Syrie) de mettre en place des projets de ce
type.
JPD d'après A. Bennett, FAO