Irmã de leite : Frère de lait

L’élevage caprin dans le Cariri du Paraíba (Nord Est du Brésil)

Une volonté collective de développement intégré pour les régions arides de l’intérieur du Sertão 

 

En 1998, la production de lait de chèvre dans l’état de Peraiba (5 millions d’habitants, l’un des plus pauvres du Brésil) était inexistante. Depuis cette date, il est devenu le premier état producteur du Brésil, grâce à des projets coordonnés entre la société civile, le gouvernement fédéral, le gouvernement de l’état, les municipalités,  les agences locales (ADR[1], SEBRAE[2]) et les Associations d’éleveurs. Parmi ses projets qui ont vu le jour après l’arrivée au pouvoir du Président «Lulla», le Pacte Novo Cariri dans le sud de l’état.    

Si la côte a des atouts de développement en particulier grâce au tourisme, l’intérieur concentre tous les problèmes du nord – est brésilien : forte densité d’une population mal formée et souvent illettrée, absences de ressources naturelles et minières, sols pauvres et superficiels, aridité de plus en plus marquée qui évolue vers la désertification. Face à cette situation, l’idée était d’améliorer les faibles revenus des agriculteurs éleveurs grâce à la vente de lait de chèvre

 

Une croissance rapide grâce à des actions bien coordonnées et des d’éleveurs motivés.

 

Le projet a été initié par l’incitation des éleveurs via leurs associations communales : acquisition de chèvres améliorées locales (type créole) et issues de croisement avec des races européennes (Toggenburg, Saanen, …), cycles de formation et de sensibilisation aux techniques de conduite du troupeau et de maîtrise hygiénique et sanitaire avec l’appui des services techniques.

L’alimentation du troupeau de taille très variable  repose sur le parcours local complété par l’achat de compléments et par la distribution de « palma », cactus local.

Les éleveurs sont des agriculteurs pauvres, peu formés (souvent illétrés) aux surfaces de cultures limitées (2à 3 ha). Les troupeaux ont de 10 à 100 chèvres qui produisent en moyenne de 1 à 3 litres par jour.

« Avant nous n’avions pas de futur, nous dit Reginaldo Da Silva, éleveurs de 25 chèvres près de Monteiro, la capitale du District, maintenant, nous avons un revenu ! »

La densité de chèvres dans la région est importante (32 têtes par km2). 9 « usines » (atelier) de conditionnement de lait ont été construites par la Coopérative créée sous l’impulsion de SEBRAE et 2 sont en construction.  Un camion frigorifique réalise une tournée quotidienne de ramassage chez les éleveurs de la région. 900 petits élevages génèrent près de 2  000 emplois directs et 10 000 emplois induits. Le rôle de la chèvre dans le développement rural n’est pas qu’un slogan ici, c’est une réalité. La production fin 2007 atteint 7,7 millions de litres. Dans le seul Cariri, 20 municipalités sur les 31 sont concernées via les associations d’éleveurs.

 

Le lait est pasteurisé et conditionné. Des contrôles qualité sont réalisés et servent au calcul du prix payé aux éleveurs

 

L’originalité et la fragilité du projet résident dans la commercialisation du lait. Celui ci est en effet racheté par le gouvernement local qui le redistribue dans les écoles et dans le cadre de programmes sociaux. La population est donc progressivement habituée à la consommation de lait de chèvre, qui n’avait pas forcément une bonne image au départ vis à vis du lait de chèvre. Le lait est payé par le gouvernement 1,4 réales (0,56 €) par litre mais la coopérative ne rétrocède que 1 ,1 réales(0,45€)  aux éleveurs ce qui leur permet d’avoir un revenu monétaire significatif tout en améliorant l’autofinancement des actions de la coopérative et ses possibilités d’investissement. Les volumes de lait achetés par l’Etat sont plafonnés et compte tenu du succès de cette filière la demande pour produire plus de lait et forte et freinée seulement par les capacités d’écoulement.

 

Des campagnes de promotion culinaires et diététiques ; le souci de créer une gamme complète des produits.       

 

Des efforts importants ont été réalisés pour développer le marché des produits caprins : On met en avant les qualités diététiques (supposées ?) du lait de chèvre (digestibilité, faible taux de cholestérol), on crée des événements avec l’organisation de festivals gastronomiques et de dégustations de plats à partir de viande de chèvre, conditionnement attractif de la viande caprine en direction de la grande distribution, hamburgers à la viande de chèvre, …

 

La gamme de produits laitiers caprins s’est également considérablement étoffée : commercialisation de yaourts natures ou parfumés au lait de chèvre, confiture de lait de chèvre, lait aromatisés, fromages frais ou affinés, à l’huile, aux herbes, au piment ou au vin, mais aussi cachaca (alcools de canne à sucre)  au lait de chèvre, et même produits cosmétiques et savons.  Il est difficile d’évaluer l’impact de ces campagnes sur le développement du marché mais le dynamisme et la capacité d’innovation sont perceptibles. Un programme spécifique de télévision (TV do Berro) a même été créé pour diffuser des informations sur l’élevage et faire la promotion grand public des produits caprins.

Des interrogations qui demeurent pour l’avenir…

 

 L’élevage de chèvre est perçu de manière très positive par les éleveurs qui ont vu leur revenu s’améliorer très significativement et donc leurs conditions de vie. Pour Fernando Alves « la chèvre est un animal sympathique qui mange peu par rapport à ce qu’elle produit et aujourd’hui, les gens qui ont des chèvres ne voudraient pas des vaches à la place ».

La crainte d’un arrêt de l’accord d’achat de lait par le gouvernement est très marquée rappelle Samuel Mayer de SEBRAE et de nombreux éleveurs hésitent logiquement à investir. Les organisations locales disposent actuellement de peu d’information sur le potentiel du marché à l’échelon de l’Etat et du Brésil dans son ensemble. D’autres Etats, Pernambuco dans le Nord –Est mais aussi dans des régions plus favorisées du sud du Brésil (Sao Paolo, Rio de Janeiro, Rio Grande do Sul) ont également développé le lait de chèvre avec des investissements industriels. Le Nord–Est pourrait t’il écouler ses produits face à une telle concurrence? Quelles sont les possibilités réelles de croissance ?  Tels sont les enjeux des stratégies que les opérateurs locaux tentent de mettre en place.

 

Jean-Paul DUBEUF

 

Le 3ème séminaire international sud américain sur les ovins et caprins à viande (SINCORTE http://www.fenacorte2007.com.br) était organisé à João Pessoa, capitale de l’Etat de Peraiba, dans le nord –est brésilien du  5 au 8 novembre derniers. Ces rencontres auxquelles participaient 500 représentants de toutes les régions du Brésil, d’Argentine, du Chili, du Mexique, d’Uuruguay, du Paraguay et d’Amérique centrale mais aussi des Etats –Unis, d’Australie, Nouvelle Zélande ou d’Espagne concernaient toutes les facettes et les innovations en matière d’élevage caprin et surtout ovin : marché et produits, génétique, santé animale, organisation des systèmes, nutrition, conduite des troupeaux, enjeux socio économiques.

Pour la première fois, un forum parallèle était dédié au secteur lait de chèvre afin de réfléchir aux stratégies de développement de ce secteur qui connaît un réel engouement depuis 10 ans au Brésil et pour lequel de nombreuses questions en terme de marché principalement restent sans réponse.   

 

 

Pour en savoir plus

 

http://www.revistaberro.com.br/  et http://www.tvdoberro.net/

 

http://www.sebrae.com.br/

 

http://www.fenacorte2007.com.br/n/portugues/index.html

 

 

 

 

 



[1] Associations de développement rural

[2] Agence de développement et d’appui aux petites entreprises